COMMUNIQUÉ DU 27 avr. 09
Le film de la course...
Un record, une édition atypique qui s'est jouée sur des routes proches où les concurrents ont dû faire preuve d'opportunisme, un final sur le fil du rasoir et le couronnement d'un navigateur dont tout un chacun reconnaissait le talent mais qui, jusque là, n'avait pas encore réussi à accrocher une grande victoire dans une épreuve majeure du circuit solitaire en Figaro Bénéteau… Cette édition 2009 a tenu toutes ses promesses : le plateau était d'évidence restreint compte tenu de la situation économique générale, mais d'une telle homogénéité, qu'il a proposé une course haletante du début à la fin.
Dimanche
5 avril : un départ en douceur
C’est dans les tous petits airs que la flotte
de la Transat BPE
s’élance au pied de la
Citadelle de Le Palais. D’emblée, les ténors pointent aux
avant-postes : Thierry Chabagny (Suzuki Automobiles) emmène la flotte dans
son sillage, suivi de près par Gildas Morvan (Cercle Vert), Franck Le Gal (Lenze)
ou bien encore François Gabart (Espoir Région Bretagne). Mais le grand beau
temps qui accompagne les concurrents n’est qu’un leurre. Tous savent que la
traversée du golfe de Gascogne risque d’être mouvementée.
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Lundi 6
avril : bataille tactique au près
Malgré un début de nuit proche de l’idyllique,
les concurrents rencontrent vite des conditions plus musclées. Le vent monte en
s’orientant progressivement au sud-ouest. D’ores et déjà , la flotte se
divise : à l’ouest un petit groupe composé de Franck Le Gal, Thierry
Chabagny et Isabelle Joschke (Synergie) part à l’assaut du premier front
attendu quand la majorité cherche à suivre la route la plus courte vers la
pointe de l’Espagne. Erwan Tabarly (Athema), Nicolas Troussel (Financo) et
Armel Tripon (Gedimat) mènent la danse, tandis que Gildas Morvan, à la faveur
d’une route plus serrée que ses adversaires, se positionne au centre du plan
d’eau à égale distance des deux extrêmes.
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Mardi 7
avril : un autre Finisterre
Il ne s’agit pas là du département qui nourrit
au lait près de la moitié de la flotte des solitaires engagés sur cette Transat
BPE, mais bien de ce cap qui marque une véritable frontière météorologique
entre les régimes perturbés d’ouest et les alizés portugais. Nicolas Troussel
comme Eric Drouglazet (Luisina) ont-ils plongé au sud trop tôt ? Toujours
est-il qu’ils vont devoir tirer des bords le long de la côte nord de Galice
quand leurs adversaires positionnés plus à l’ouest peuvent envisager de passer
d’un bord. Et déjà , les premiers pépins techniques se profilent : Franck
Le Gal, victime de rupture de drisses de voiles d’avant concède un terrain
précieux. Yannig Livory (CINT 56) contacte quant à lui la direction de course
pour signaler qu’il ne peut plus recharger son iridium ; d’ici peu le navigateur
lorientais va entrer en solitude sans moyens de communication avec la terre.
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Mercredi
8 avril : les quatre de l’ouest contre l’homme du sud
Le cap Finisterre est maintenant dans le
sillage de la tête de flotte. Anticipant sur la prochaine rotation des vents au
nord-ouest, quatre navigateurs ont franchement opté pour une route au large.
Thierry Chabagny en capitaine courageux ouvre la route devant Gérald Veniard
(Macif), Adrien Hardy (Agir recouvrement) et Yannig Livory (CINT 56). François
Gabart, quant à lui, a choisi de plonger au sud le premier. Le vent est
toujours fort, la mer formée ; la sortie du golfe de Gascogne n’a rien
d’une sinécure.
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Jeudi 9
avril : courage, glissons
Cette fois-ci, toute la flotte a touché la
bascule de vent qui va leur permettre de plonger vers le sud et de contourner
l’anticyclone des Açores. La route du nord est bouchée et le scenario de 2007
qui avait vu un décalage de près de 1000 milles entre les deux concurrents les
plus extrêmes, ne semble pas en passe de se reproduire. Pour l’heure, il s’agit
avant tout de s’accrocher. Rivés à la barre de leur monotype, les solitaires
enquillent les milles à plus de 10 nœuds de moyenne dans une mer chaotique. Un
exercice de haute voltige qui n’est pas sans conséquence.
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Vendredi
10 avril : adieu Droug
La nouvelle est tombée dans
l’après-midi : Eric Drouglazet abandonne. Le skipper de Luisina a failli
sancir. Sous un grain à plus de quarante noeuds de vent, alors qu’il manœuvrait
pour affaler son spi, le vainqueur du Trophée BPE 2005 n’a pu empêcher l’étrave
de son Figaro Bénéteau d’enfourner jusqu’au pied de mât. Plusieurs milliers de
litres d’eau se sont alors engouffrés dans la cabine, noyant tous les
instruments électriques et l’électronique de bord. Privé de pilote et de tous
moyens d’anticiper sa navigation, le navigateur de Nevez choisit d’abandonner…
Une décision qui témoigne de son grand sens marin, même si l’on imagine que
renoncer n’est jamais simple pour un compétiteur. D’autres navigateurs ont
laissé des plumes dans ces conditions plus que difficiles : Armel Tripon a
dû passer plusieurs heures dans son mât quand Franck Le Gal devra effectuer une
marche arrière par plus de trente-cinq nœuds de vent suite à un bout flottant
entre deux eaux qui s’était enroulé dans sa quille. Ils ne le savent pas encore, mais le retard
pris ne sera jamais rattrapé. Nicolas Troussel dans un départ au lof a
endommagé sa girouette de tête de mât. A petite cause, grands effets : le
tenant du titre ne pourra plus utiliser son pilote en mode vent. Un handicap
certain au vu d’une course qui va se jouer aux allures portantes : un spi
mal réglé et ce sont des dixièmes de nœuds qui s’envolent quand le résultat
n’est pas sanctionné par un coquetier quand le spi s’enroule autour de l’étai.
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Samedi
11 avril : le péril jeune
Ils sont les deux benjamins de la flotte mais
n’ont aucun complexe. Adrien Hardy au nord, François Gabart au sud, ont choisi
de se positionner aux extrêmes de la flotte. Lequel des deux aura raison ?
C’est l’heure des choix stratégiques : tout le monde s’apprête à mettre de
l’ouest dans son sud, mais qui saura trouver le bon timing ? Le profil de cette cuvée 2009 se
dessine : il n’y aura pas de grands écarts latéraux entre les concurrents,
mais la victoire risque de se jouer sur la capacité des uns et des autres Ã
saisir la moindre opportunité tactique.
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Dimanche
12 avril : à frôler Madère
Ils sont maintenant trois solitaires aux
avant-postes sur la route du sud. Gildas Morvan, Erwan Tabarly et François
Gabart vont passer à quelques milles à peine de Madère dont ils pourront
admirer le sommet noyé dans les nuages…Â
A nouveau, François Gabart prend l’initiative et empanne pour plonger
encore plus au sud. Un choix stratégique qui lui vaudra notamment l’admiration
d’un Gildas Morvan encore étonné de ce mélange de culot et de maturité. Au
nord-ouest, Adrien Hardy prend le parti de raser la bordure de l’anticyclone
quitte à s’y bruler les ailes.
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Lundi 13
avril : dans l’attente
Toute la flotte navigue maintenant sous
spinnaker. Ils ne l’affaleront plus avant de contourner Marie-Galante. L’alizé
n’est pas encore bien établi. La problématique est simple : plus on est
proche de la courbure de l’anticyclone, meilleur est l’angle pour gagner dans le
sud-ouest. En revanche plus on est au sud, plus on peut espérer des vents
soutenus. Angle ou pression, tel est le dilemme…
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Mardi 14
avril : Nicolas Troussel prend la tête
Les cloches de Pâques ont déposé un joli
cadeau dans le cockpit de Financo. Mais son skipper sait ce qu’il advient des
œufs en chocolat… Une fois dévorés, il n’en reste rien. Ce qui justifie la
prudence de Nicolas qui considère cette place comme un cadeau provisoire. Il
est encore bien tôt pour espérer capitaliser les quelques milles chèrement
acquis. Avantage provisoire aux tenants de la route nord… qui gardent un oeil
inquiet sur les hommes du sud.
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Mercredi
15 avril : Erwan marque un point
Ils appellent ça un « pif-paf ». La
manoeuvre consiste à opérer un petit décalage à la faveur d’une petite bascule
de vent. Une jolie trajectoire opérée à la faveur de la nuit par Erwan Tabarly
qui, grâce à ce petit zigzag, fait coup double. D’une part, il se replace
devant François Gabart et d’une autre, il prend l’initiative sur la route du
sud empêchant du même coup Gildas Morvan de venir se recaler, au risque de
glisser dans le tableau arrière d’Athema. C’est ce qu’on appelle, marquer son
territoire.
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Jeudi 16
avril : temporisation et contre-attaque
En tête de flotte, le doute s’installe. Les
modèles météo laissent encore planer une certaine incertitude sur la pertinence
des différentes options. Chacun temporise, cherche à réduire les écarts
latéraux. Gildas Morvan, fort d’une stratégie qui avait déjà failli lui réussir
lors de la Transat AG 2R
2008, s’est positionné sur une route centrale en essayant de trouver le bon
compromis entre une route plus courte et un différentiel de vitesse faible par
rapport à ses compères du sud. Plus à l’arrière, certains commencent à jouer
d’options radicales, tel Armel Tripon qui n’hésite pas à plonger jusqu’à des
latitudes proches de l’archipel du Cap-Vert. Le skipper de Gedimat, en allant
chercher la pression, la met sur ses adversaires directs.
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Vendredi
17 avril : le retour du Géant Vert
Malgré une résistance acharnée, Nicolas
Troussel a fini par céder sa place de leader à Gildas Morvan. Le skipper de
Cercle Vert ne la lâchera plus jusqu’à vingt-quatre heures de l’arrivée. Petit
à petit, les hommes du sud grignotent le terrain perdu. Mais surtout, une
certaine forme de routine bienheureuse s’est installée sur la flotte qui profite
des surfs sous spi, du soleil et d’une carène à plat sur l’eau… Adrien Hardy,
calé au nord de la flotte, reprend des couleurs et du vent après deux jours
passés à se débattre dans des vents erratiques. Le piège de l’anticyclone qui
s’était refermé sur lui s’ouvre un peu.
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Samedi
18 avril : plus que six
C’est comme pour les élections. Au premier
tour on choisit, au deuxième, on élimine. De petites avaries en choix
stratégiques inadaptés, de pertes de vigilance en minutes de sommeil en trop,
la flotte s’est maintenant divisée en trois groupes. Six navigateurs peuvent
encore prétendre à la victoire : Gildas Morvan, Nicolas Troussel, Erwan
Tabarly, Gérald Veniard, François Gabart et Thierry Chabagny. Trois semblent
décrochés : Louis-Maurice Tannyères, Yannig Livory et Victor Jean-Noël…
Armel Tripon, Franck Le Gal, Isabelle Joschke comme Adrien Hardy peuvent
espérer encore décrocher un accessit.
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Dimanche
19 avril : Gildas sans souci, Isabelle a des ennuis
Tout va bien pour le leader de la course.
Petit à petit, Gildas Morvan creuse son sillon vers une victoire attendue…
Tranquille comme Baptiste, le skipper de Cercle vert affiche une sérénité
impressionnante… Ses adversaires
attendent toujours leur heure, mais pour le moment, le Champion de France 2008
réalise quasiment le sans-faute. En milieu de flotte, Isabelle Joschke souffre
depuis plusieurs jours : en butte à des problèmes d’énergie, la
navigatrice se doit d’économiser sur tout… Du coup, elle doit barrer environ
dix-neuf heures sur vingt-quatre… La jeune navigatrice avouera quelques jours
plus tard à la vacation souffrir fréquemment d’hallucinations et de coups de
pompes à répétition.
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Lundi 20
avril : à l’ouest, rien de nouveau
Pourquoi faudrait-il qu’il se passe toujours
quelque chose sur une course ? Ce lundi est désespérément calme… Chacun
continue de glisser sous les alizés retrouvés. Peu de changements au
classement, pas de grandes décisions stratégiques, c’est la pause.
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Mardi 21
avril : le sud pointe son nez
Erwan Tabarly, François Gabart, Armel Tripon ;
les hommes du sud ont enclenché la surmultipliée. Ils progressent en moyenne Ã
un, voire deux nœuds plus vite que leurs adversaires. Le suspense est relancé,
d’une part pour le podium, mais aussi pour la première place. Même si Gildas
Morvan tient tête, sa marge de manœuvre risque d’être ténue.
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Mercredi
22 avril : Erwan la menace
Pour Gildas Morvan, le danger s’identifie de
plus en plus clairement… Il viendra d’Erwan Tabarly qui continue de progresser
à vitesse grand V. Toujours dans le sud, François Gabart pointe le bout de
l’étrave et fragilise les défenses de Nicolas Troussel et de Gérald Veniard.
Néanmoins, Gildas garde confiance : les prochaines heures devraient lui
permettre de se recaler correctement à la faveur d’une bascule du vent vers l’est. Pour les places d’honneur, Franck Le Gal,
Armel Tripon et Isabelle Joschke continuent de se battre comme des
chiffonniers. Naviguant parfois à vue, les trois solitaires y trouvent là une
motivation supplémentaire.
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Jeudi 23
avril : il court, il court le furet
Il est passé par ici, il repassera par là … Tel
le furet de la chanson, la perspective de la victoire oscille au gré des
fichiers de vent entre les deux leaders de la flotte. Il semble que l’écart
pourrait être inférieur à quinze minutes… une misère au vu du nombre d’heures
passées à régler le bateau, à barrer jusqu’au bout de la fatigue, à compulser
les fichiers météo pour élaborer une stratégie gagnante.
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Vendredi
24 avril : un grain relance la donne
Alors qu’il semblait que la victoire avait choisi
son camp, un grain instable est venu tout bouleverser. Pendant deux heures,
Gildas Morvan s’est vu contraint d’avancer à deux nœuds, voire moins. Et
pendant ce temps, Erwan Tabarly a continué de progresser à près de dix nœuds.
Tant et si bien, que le skipper d’Athema a pris la tête du classement
provisoire pour un petit mille. Une seule certitude : rien n’est certain…
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Samedi
25 avril : la lutte finale
Après une journée au coude à coude où les deux
solitaires ont navigué à vue, la victoire a choisi son camp. Cette fois-ci,
c’est Erwan qui s’est vu ralenti par un grain permettant à son adversaire de
reprendre l’avantage. Il n’en fallait pas plus pour le skipper de Cercle Vert
qui s’impose finalement avec moins de cinq minutes d’avance sur Erwan Tabarly. On
aurait aimé un match nul tant la bataille fut acharnée… Mais la voile n’accepte
pas de renvoyer deux adversaires dos à dos et ce, malgré toute l’estime qu’ils
peuvent se porter. François Gabart complètera le podium… Suivront ensuite
Nicolas Troussel, Gérald Veniard puis Thierry Chabagny. Armel Tripon et Franck
Le Gal se livreront à un duel d’anthologie pour la septième place. Isabelle
Joschke ira au bout de sa fatigue pour aller chercher la neuvième place, suivie
par Adrien Hardy au cœur de la nuit marie-galantaise.
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Dimanche 26 avril : clap de fin
Victor Jean-Noël aux premières lueurs de l’aube,
puis Yannig Livory qui mettra fin à son long parcours de solitude, précéderont
donc Louis-Maurice Tannyères qui clôturera donc cette édition 2009 qui aura
attendu jusqu’aux dernières heures pour décider de son vainqueur.
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